7 mai — 26 juin 2021
CAMILLE BERNARD
Bruisse l'eau
Texte d'exposition

Bruisse L’eau est la première exposition de Camille Bernard. En collaboration avec Simon Lahure, artiste et musicien, iels plongent le lieu dans une atmosphère éthérée et animique. La peinture comme la musique deviennent alors des accessoires au service de cette ambiance : les personnages des toiles se saisissent d’instruments, jouent de la musique, chantent dans un monde aquatique, tandis que la pièce sonore diffuse un bruit d’eau qui coule.

L’artiste figure dans ses peintures un idéal intellectuel et spirituel où la nature est personnifiée et la cohabitation avec l’humain s’équilibre dans une harmonie sustentive et contemplative ; harvest/nature, tradition/ritual, nature/community, abundance/necessity pour reprendre les mots de la peintresse. Sont données à voir de nouvelles nourritures terrestres, plus inclusives, moins genrées représentées par ces corps-cocons, ces humains-ventres. Iels vivent en collectif ; duo, trio, groupes se caressent, s’enlacent, s’embrassent, s’unissent. Malgré l’impression d’apesanteur, leurs morphologies sont solides, lourdes et deviennent, les unes pour les autres, un refuge, un home, sans construction ni bâti. Dans une proportion repensée, où les mains sont aussi imposantes que les pieds, ces humain.e.s redéveloppent leur apparence mythologique.

Pensées comme une narration prolongée, chaque toile développe un cadre fictionnel autre. Au lever du jour ou au crépuscule, les personnages effectuent des récoltes, cueillent délicatement des fleurs, et élaborent, à la manière d’un ikebana, des formes linéaires et suspendues. Parfois, la composition florale devient abri et source de nourriture. Calfeutré.e.s à l’intérieur, entre douceur et voracité, les personnages enchevêtré.e.s s’alimentent de leur création, communiant avec le ciel, la terre et l’humanité.

Au-delà de la toile, Camille Bernard construit une peinture élargie, comme un élément d’un univers plus large mis en scène pendant l’exposition. Avec un aspect dramaturgique, elle construit des décors en carton-pâtes, réalise des films, des saynètes où ses personnages s’animent. L’immersion est ainsi joué jusqu’au bout et se déploie sur différents supports, dans le but de « faire semblant » ensemble, d’y croire ensemble. L’artiste crée un monde parallèle, absolu, englobant, et reprend à son compte des éléments ésotériques utilisés pour conditionner le visiteur dans un certain état. Les peintures sont des portes d’entrée dans un récit où prévaut le soin, la tendresse, la rencontre physique et animique.