
Issues de la série Sol (Le sol de nos corps), les deux productions inédites présentées pour l’exposition SuperSalon, sont pensées comme une narration prolongée. Dans l’une, la lumière vient de l’est, trois personnages effectuent une récolte matinale. Iels cueillent délicatement des fleurs, et élaborent, à la manière d’un ikebana, des formes linéaires et suspendues. Dans l’autre, le soleil se couche, la composition florale est devenue abri et source de nourriture. Calfeutré.e.s à l’intérieur, entre douceur et voracité, deux personnages enchevêtré.e.s s’alimentent de leur création, communiant avec le ciel, la terre et l’humanité.
L’artiste figure dans ces peintures un idéal intellectuel et spirituel où la nature est personnifiée et la cohabitation avec l’humain s’équilibre dans une harmonie sustentive et contemplative; harvest/nature, tradition/ritual, nature/community, abundance/necessity pour reprendre les mots de la peintresse.
Sont données à voir de nouvelles nourritures terrestres, plus inclusives, moins genrées représentées par ces corps-cocon, ces humains-ventres, entourés par une peau-intestin. Iels vivent en collectif ; duo, trio, groupes se caressent, s’enlacent, s’embrassent, s’unissent. Malgré l’impression d’apesanteur, leurs morphologies sont solides, lourdes et deviennent, les uns pour les autres, un refuge, un home, sans construction ni bâti. Dans une proportion repensée, où les mains sont aussi imposantes que les pieds, ces humain.e.s ont redéveloppé.e.s leur apparence mythologique.
Toutefois, nulle menace envers cette robustesse, le repos se lit sur leur visage. Regards dans le vide, amusements dans l’œil, leurs gestes miment le soin. La nature s’engage également dans cette attention, et prospère de cette communion, se hissant au-dessus de leur tête.
Beaux-Arts Magazine, n°437


