MADISON BYCROFT
SAMIR LAGHOUATI-RASHWAN
Pour Material 2024, sissi club mets en regard les pratiques de Madison Bycroft, Corentin Darré et Samir Laghouati-Rashwan, et présente une sélection d’œuvres mettant en avant l’utilisation des médias numériques pour explorer la présence des corps queer et racialisés, leur existence et leur autonomisation au sein de ces médias. Les artistes créent de nouvelles représentations virtuelles autour des notions de fétichisation, de drague et d’écologie, mêlées à des éléments iconographiques issus de la culture populaire. À travers la création de jeux vidéo, d’images 3D ou l’installation de sculptures sous la forme d’un jeu d’arcade, ces artistes jouent à la fois sur l’exploration offerte par la réalité virtuelle et sur la visibilité de pratiques ou d’histoires.
« Only good vibes », de Samir Laghouati-Rashwan, est une série de sculptures en résine emprisonnant des images qui évoquent une certaine conception de la culture populaire et du divertissement, associées à des documents liés à la politique et à l’histoire coloniale. À travers cette pratique du collage, l’artiste suscite la discussion et la digression sur les symboliques sociales et politiques contenues dans ces icônes. Jouant avec les propriétés de la résine, l’artiste insère, fige et camoufle afin de rendre les histoires visibles, ou au contraire, d’en brouiller les traces.
« Joystick » est un projet vidéo numérique participatif créé par Madison Bycroft en collaboration avec Ubisoft et Carreau Du Temple (Paris, FR). L’œuvre consiste en un monde chaotique en 3D, à la fois pop et désertique, lié à une question écologique. Construit dans Unity, il peut être parcouru à l’aide d’une manette de jeu vidéo, personnalisée par l’artiste. L’utilisateur est encouragé à explorer le jeu, dont la direction et l’intention peuvent être contrariées par l’emplacement, la météo et d’autres facteurs environnementaux.
À travers ces modalités, l’artiste nous invite à désapprendre la proprioception et à prendre le temps d’expérimenter : comment positionnons-nous nos propres corps par rapport à la lecture des autres ? Comment nous faisons-nous face ? À quoi tournons-nous le dos lorsque nous nous déplaçons dans une direction particulière ? Quels éléments choisissons-nous de regarder au détriment des autres ? Cette œuvre ne permettra pas au joueur de « capturer » quoi que ce soit. Quelque chose échappe toujours, et le monde reste mystérieux, rendant difficile la maîtrise, la cartographie et la lecture de cet environnement. En parallèle, Bycroft a produit sept vidéos chantées par des « boss » rencontrés sur les différentes îles de l’archipel, toutes remixées par différents musiciens. En se réappropriant cet ennemi classique des jeux vidéo, ils déjouent le mode de combat au profit de l’erreur, de la désobéissance et de l’errance.
Corentin Darré explore la manière dont les dimensions virtuelles et réelles s’entremêlent et interagissent. À l’aide de patines et de reflets brillants, il confère à ces objets une dimension fantaisiste, qui rappelle les objets nécessaires à la quête d’un joueur ou les textures utilisées dans les jeux vidéo. Ces œuvres scénarisées évoquent le rejet, l’amour, la violence et la dépendance inhérents aux relations avec autrui, ainsi que la douleur de la solitude et l’abandon des corps isolés. Dans la série en cours « I’m boy you can’t hold IRL », l’artiste représente des romances homosexuelles, ainsi que la pratique du cruising dans un monde virtuel. Corentin Darré s’interroge sur la représentation de ces gestes d’amour et leur existence dans des espaces cachés et non choisis.







