3 — 8 octobre 2023
LÉNA GAYAUD
SWAB, Barcelone
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À l’occasion de l’édition 2023 de la SWAB, sissi club a le plaisir de présenter « Wild Flowers Don’t Care Where They Grow » de Léna Gayaud qui réunit un ensemble de céramiques mettant en avant les notions d’adaptabilité et de régénération.

Installée dans les Cévennes, Léna Gayaud a grandi au cœur d’un environnement architectural médiéval et nourrie des légendes mystiques de la forêt. Dans sa pratique, à la croisée de l’artisanat et de la magie, elle se réapproprie les mythes anciens et les attributs chevaleresques pour créer un récit personnel et déconstruire des symboles historiques exclusivement masculins. Sensible aux recherches de Clovis Maillet sur les questions de genre et d’identité au Moyen Âge, mais aussi sur la céramique, elle interroge l’histoire de l’art et l’histoire sociale à travers son médium et ses références. Dans son nouveau travail, elle utilise des formes architecturales et religieuses, allant de l’ornementation florale aux retables, pour représenter des êtres vivants, des plantes et des minéraux.

Ancrée dans ses environnements ruraux, Gayaud s’inscrit dans ce courant d’artistes qui ont tendance à relier le contenu de leurs œuvres à leurs contextes de production, ce qui contraste avec une vision de la ruralité réduite au simple rôle de « thème » d’exposition. Ses processus créatifs naissent des parcours que l’artiste effectue sur son territoire. Ils témoignent de cette quête, de cette exploration tâtonnante de l’imaginaire narratif qui anime ses peintures et ses céramiques.

Pour la SWAB, les œuvres s’articulent autour de la notion de cycle, cette idée que les choses prennent fin pour laisser place à d’autres. Wild Flowers Don’t Care Where They Grow est un hymne à la réflexion sur les vies possibles et les imaginaires, qui renvoie autant au brûlage pastoral qu’aux ruines capitalistes développées par Anna Tsing dans Le Champignon de la Fin du Monde. Pour l’anthropologue, s’intéresser aux ruines ne signifie pas contempler un paysage désolé, mais apprendre à saisir ce qui s’y passe, discrètement. Les ruines portent en elles une forme de récit « qui nourrit l’imagination et la sensibilité » et conduit à repenser ce qui pourrait être considéré comme « réactionnaire, dérisoire ou insignifiant ».

En jouant avec les mots et en apportant un soin particulier aux titres de ces céramiques (« Pied terrassé par une fleur », « Une promenade parmi les vestiges », « Ballade pieds nus »), Léna Gayaud cherche à exprimer la poésie qui se dégage de l’hostilité de la nature.

« Une promenade à travers les bartas, en se faisant égratigner par les épines. Les pieds nus sur des rochers chauds et pointus, sculptés par le temps, le vent et l’eau. Des sentiers tracés par le passage des animaux. Les couleurs du jour, de la nuit, du crépuscule, comme lorsque la silhouette des choses est plus sombre que la nuit.

Une promenade comme un jeu, un lancer de dés, comme une pièce de théâtre, une épopée. »