SARAH NETTER – TRANSDRESSING

TRANSDRESSING 

ARTISTE:
SARAH NETTER

DATE: 
28.11.25 – 17.01.26

LIEU:
SISSI CLUB, MARSEILLE

GRAPHISME:
MARIE-MAM SAI BELLIER

Sarah Netter est artiste et traducteur basé à Marseille. Son travail mêle sculpture, écriture, installation et performance pour révéler, non sans ironie, les récits politiques inscrits dans l’histoire du textile — costumes, uniformes, modes, motifs. Sa pratique, à la fois sculpturale et scripturale, économique et sexy, drôle et crafty, mobilise les principes de l’auto-fiction-théorie ; interroge nos langages et nos vêtements, les stéréotypes qu’ils véhiculent et les perspectives émancipatrices.

 

Pour Transdressing, sa première exposition personnelle, Sarah Netter reprend une formulation empruntée à Kate Bornstein dans Gender Outlaw: On Men, Women and the Rest of Us. Spontanément, ce choix répond aussi au désir d’un titre percutant — un mot qui claque, qui glisse le “dressing” dans un geste de transgression.

Prenant pour point de départ des textiles usés issus de sa « matériothèque », Netter décortique leurs modes de fabrication, leurs usages et leur symbolique. Il explore, à travers vêtements, linge et tissus du quotidien, les structures invisibles qui façonnent nos manières d’être : hiérarchies de goût, assignations de genre, processus de socialisation, de l’enfance à l’âge adulte. Ici, l’exposition revalorise le craft, une pratique manuelle longtemps (et encore) reléguée à la sphère domestique, féminine, enfantine, etc. en le plaçant au centre comme outil critique et d’empouvoirement.

C’est dans cette perspective que prennent place Monster High and Gender Reveal Party. Ces patchworks en trois dimensions prolongent les logiques d’assemblage de tissus disparates en leur donnant une présence physique et presque corporelle. Réalisées à partir d’un drap de lit pour l’une et d’un rideau de douche pour l’autre, elles associent matières, motifs et accessoires pour recomposer des pans de tissu chargés d’imaginaires générationnels : des poupées fantaisie aux looks spooky-grunge des années 2010 et des rituels familiaux de célébration et d’assignation des futures naissances.

Au centre de l’espace d’exposition, deux sculptures volumineuses structurent la traversée. Leurs silhouettes, versatiles, oscillent entre corporalités fictionnelles et créatures hors-normes. Construites à partir d’une ossature en bois, de grillage à poule et de textiles, elles sont pensées pour être rapidement démontables, répondant à une économie de moyens et d’espace. La première se compose de serviettes, d’une couverture usée à motifs de cœurs, de flammes jaunes irisées en tissu stretch et de draps de satin. Placée à l’entrée, elle nous accueille comme un large sourire. La seconde présente un trou noir en son centre — une tache sombre composée de vinyle et d’un costume de squelette — qui semble s’étendre au milieu d’une surface aux couleurs ultra vives et psychédéliques.

Intitulées Mix and Match, les sculptures renvoient à la fois à cette tendance consistant à juxtaposer motifs, styles et couleurs disparates pour en tirer une forme d’harmonie, et à l’idée d’un duo, de deux personnages scéniques. Les œuvres sont elles-mêmes bifrons c’est-à-dire dotées de deux faces : elles se lisent différemment selon l’angle, se déploient sous plusieurs coutures et multiplient les points de vue.

Une série de dessins, présentée pour la première fois, montre des autoportraits ou des alias fictionnels, mais aussi des formes en transformation, bribes de texte, bottes, corsages — un vocabulaire morcelé, comme des pensées furtives, qui entoure et complète le travail sculptural de Netter. Une installation sonore rend d’ailleurs audible ces notes à soi-même, ce qui peut traverser quotidiennement l’esprit, nos rapports au corps. Comme une voix résonnerait à l’intérieur de nous, à rebours d’une posture analytique, ces nouvelles œuvres proposent finalement un espace de jeu, un lâcher-prise du discours, un aveu de vulnérabilité.

Si des échos à l’enfance et à l’adolescence traversent l’ensemble du projet, Netter rappelle que ce continuum se prolonge à l’âge adulte : désir d’appartenir, envie d’être « cool », de se conformer à un milieu. L’exposition devient alors un miroir — un miroir devant lequel on s’observe, on s’habille, on compose des identités, des personnages, des âges de soi.

Alors, la vraie question, c’est : tu t’es pimpé·e pour venir ?